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MONDEHOU Dandjèkpè, un agriculteur familial modèle pour les jeunes béninois

Il y a quelques semaines, j’ai effectué un voyage à but professionnel à Djakotomey, une commune au Sud du Bénin dont résident majoritairement les ethnies Adja. Préoccupé par la baisse de productivité du maïs dans la zone, j’ai décidé de faire une enquête auprès des producteurs de la zone pour en connaître les causes. Mon travail consistait à aller dans six villages dans six arrondissements pour s’entretenir avec quelques agriculteurs familiaux. (suite…)

Agriculture biologique, une réponse aux effets des changements climatiques

Connaissant l‘impact des changements climatiques sur l’agriculture familiale, des paysans développent des solutions alternatives dont l’agriculture biologique pour y faire face. Comme l’a défini, Hervé Sourou de AgroBénin, l’agriculture biologique est l’art de cultiver la terre en utilisant les meilleures pratiques issues des méthodes traditionnelles couplées aux connaissances scientifiques et les matériaux disponibles tout en créant un équilibre entre la nature et la culture. En d’autre terme, l’agriculture biologique est système d’agriculture qui n’utilise aucun engrais chimique, pesticide, produit industriel de synthèse ou Organisme Génétiquement Modifié (OGM).

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Des techniques de production préservant l’environnement

La pratique de l’agriculturebiologique implique l’utilisation des techniques telles que :

  • Le compostage : il ne coute pas cher et est très efficace, il améliore la qualité du sol, il facilite le drainage, il réduit l’érosion, il ajoute des nutriments facilement assimilables par la plante et favorise une gestion optimale de l’eau.
  • Le paillage : il consiste à couvrir le sol avec une couche de matériau en vrac comme le compost, le fumier, la paille, l’herbe sèche, les feuilles ou les résidus de récolte. Les paillis ont plusieurs effets sur le sol qui contribuent à l’accroissement de la plante,
  • La diminution dans la perte d’eau à cause de l’évaporation ;
  • La réduction de la croissance des mauvaises herbes en réduisant la quantité de lumière qui frappe le sol ;
  • L’empêchement de l’érosion du sol ;
  • L’augmentation du nombre de microorganismes dans la couche arable

  • La rotation des cultures

Voici un documentaire qui montre en quoi l‘agriculture biologique au Burkina Faso est la meilleure réponse aux effets du changement climatique.

Igname, une culture à valeur cultuelle et culturelle

Consommée sous forme bouillie, braisée ou pilée (foutou) selon les variétés, l’igname est l’une des rares spéculations au Bénin dont l’importance va au-delà de la simple contribution à l’alimentation des populations. En effet, de nombreux rites et croyances sont liés à sa production.

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A Pobè au par exemple, il existe la fête d’Ogbodo qui est la plus grande réjouissance populaire au cours de laquelle on présente la nouvelle igname à Olongo, le principal dieu de la communauté Anago ; même chose à Kétou pour le fétiche Aagbona le dieu central du panthéon local.

A Savè par contre, la récolte ne donne pas lieu exclusivement à des festivités ; c’est à la sortie de la nouvelle igname que s’organisent les festivals d’Oro et Odudua.

Dans la partie septentrionale du pays,  la « fête des ignames » consiste à offrir d’abord la 1ère récolte aux divinités avant que le commun des mortels ne commence par en consommer. La fête du 15 Aout à Savalou en une belle illustration.

Par ailleurs, plusieurs pratiques culturelles sont associées aux variétés d’ignames. Par exemple, chez les Bariba, une ethnie dominante dans la partie septentrionale du pays, les variétés Kinkérégou et Kankérou (en langue locale) sont utilisées comme tests culinaires pour la mariée lors des cérémonies nuptiales ; c’est l’igname avec laquelle les fiancées font à leurs futurs époux la démonstration de leur aptitude à faire la cuisine.

De même, d’autres variétés sont obligatoires offertes à la belle-famille par les nouveaux mariés. Par contre chez les ethnies Gando, l’apparition de la variété locale dénommée Droubayessirou (développement anormal) est annonciateur de malédiction.

Malgré sa valeur cultuelle et culturelle, l’igname est rentrée aujourd’hui dans les habitudes alimentaires de toute la population béninoise surtout l’igname pilée. C’est le lieu d’exhorter les décideurs politiques à se pencher sur le développement de cette filière car elle a bénéficié de moins d’attention de la part des pouvoirs publics et institutions de recherche.

Femme dans l’agriculture : les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) au Bénin

Connu sous le nom de Mata Masu Dubara au Niger, le modèle AVEC (association villageoise d’épargne et de crédit) a été repris et développé au Bénin. En effet, les Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit (AVEC) sont des groupes de 15 à 25 personnes qui se sont regroupés pour épargner leur argent sous forme de parts. Ces épargnes constituent des Fonds de crédit pour les autres membres de la communauté.

Les associations villageoises ont pour mission de servir les plus pauvres dont les femmes rurales, ceux dont les revenus sont irréguliers et moins fiables et dont les activités commerciales ne sont peut-être pas à plein temps.

Une Association AVEC en réunion dans le département du Couffo/Bénin

Une Association AVEC en réunion dans le département du Couffo/Bénin

Fonctionnement des associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC)

Les AVEC sont dotées d’une Assemblée générale et d’un Comité de gestion composé de cinq membres. Les Associations sont autonomes et autogérées. Les AVEC ont une durée de cycle de fonctionnement qui ne peut être inférieur à neuf mois, ni supérieur à un an. Les associations se réunissent à intervalles réguliers, soit par chaque semaine, soit toutes les deux semaines voire quatre semaines pendant leur premier cycle selon la décision des membres.

Tous les membres de l’association épargnent en achetant des parts. L’association fixe la valeur de la part à un niveau qui permet aux membres les plus pauvres d’acheter de façon fiable et régulière une part à chaque réunion. Si un membre rencontre des difficultés financières, l’association peut l’autoriser à suspendre ses achats de parts, mais uniquement pour une période limitée.

Les prêts sont décaissés toutes les quatre semaines. Tous les membres jouissent du même droit d’emprunter au Fonds de crédit qui se compose du montant correspondant à la valeur des achats des parts, des frais liés au service des prêts et des amendes. L’Association fixe la durée de remboursement des prêts, qui ne doit jamais dépasser six mois et, pendant le premier cycle, 12 semaines.

Le principe d’accord de prêt

Le prêt accordé à un membre ne peut pas être supérieur à un montant égal à trois fois le montant total des parts qu’il a acheté. Cette règle assure la répartition équitable du capital et empêche qu’un membre ne soit accablé d’un montant trop élevé. La durée de remboursement du prêt est convenue au moment où le prêt est décaissé.

L’entraide mutuelle à travers une caisse de solidarité

Une caisse de solidarité est créée au sein de l’association pour fournir de petits dons aux membres tels que : aide d’urgence, frais funéraires et frais d’éducation des orphelins. Quiconque a besoin d’un don de la caisse de solidarité le fait publiquement la demande à l’Assemblée générale. La Caisse de solidarité reste séparée du Fonds de crédit.

A la fin du cycle de fonctionnement, l’association répartit la valeur totale de ses actifs financiers entre ses membres. Lorsque tous les fonds en espèces de l’association sont réunis, le montant est partagé entre les membres proportionnellement au nombre de parts détenues par chaque membre.

Des retombées positives pour les agricultrices

Avec le modèle des AVEC, les femmes rurales ont pu financer leurs activités champêtres surtout dans le domaine l’acquisition de la main d’œuvre salariée. Ce modèle a permis aussi aux femmes d’augmenter leurs superficies en cultures vivrières. Ce modèle de financement leur a permis également d’exercer des activités génératrices de revenu.

Femmes dans l’agriculture: L’accès à la terre demeure un obstacle au Benin

Aujourd’hui, nul ne peut ignorer le rôle que les femmes jouent dans la société. Elles sont au cœur de tout. La journée internationale de la femme est là pour en témoigner. Dans nos campagnes, les femmes sont présentes à la fois dans l’agriculture, le commerce et dans la transformation des produits agricoles. Elles perçoivent leur diversité des activités agricoles comme  une prévoyance économique faisant d’elle  des « avant-gardistes » permettant aux ménages ruraux de supporter les chocs économiques issus des sinistres tels que sécheresse, mauvaise récolte, inondation.

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Une agricultrice Africaine Credit Photo: http://blog.slateafrique.com

Hommes et femmes : accès inégal à la terre

Dans les milieux ruraux, les femmes travaillent sur des petites superficies alors que les hommes s’accaparent de l’ensemble des terres cultivables. Elles mettent en valeur souvent des terres de fertilités moyennes (des sols pauvres) puisse que les hommes sont maîtres des terres de fortes fertilités. Sur ces sols, les femmes mettent en place des cultures annuelles essentiellement des vivriers alors que les hommes arrivent à faire des spéculations pluriannuelles comme le palmier à huile, anacarderaies et autres.

Les hommes accèdent plus facilement à la terre selon des modes dont les droits apparaissent plus stables (c’est-à-dire qui durent dans le temps sans que l’espace concerné ne soit modifié) : c’est le cas de l’héritage (L’héritier est libre de planter des essences pérennes sur l’immeuble hérité. Il peut y installer d’autres personnes.) et de l’achat (un droit exercé par un acteur qui autorise l’aliénation du bien foncier). Par contre les femmes sont dans des stratégies d’accès à la terre peu sécurisantes, qui leur confèrent des droits fragiles et peu durables : cas de l’emprunt (le droit exercé par un acteur qui l’autorise à exploiter une parcelle sans contre partie financière avec une durée déterminée) et de la location (le droit exercé par un acteur qui l’autorise à exploiter une parcelle pour une durée déterminée moyennant une contrepartie financière).

La discrimination favorisée par nos traditions africaines

Dans notre société, plusieurs langages et lardages favorisent cette inégalité des femmes à la terre. En effet, depuis l’enfance, des éléments de discrimination de sexe sont véhiculés à travers des faits sociologiques systématisés par des paroles telles

–       « C’est le garçon qui accompagne son père au champ » ;

–       « Un garçon ne doit pas avoir peur » ;

–       « Je sors, je te confie la maison, prend soins de tes sœurs et frères » ;

–       « Au champ, les garçons travaillent avec leur père et les filles avec leur mère »

Continuant dans cette idéologie, les femmes restent et demeurent marginalisées. La tradition tolère leur exclusion de l’héritage des terres de leurs époux et parents même si des lois leur donnent le droit. L’analphabétisme et la méconnaissance par les deux sexes des textes et lois relatifs aux droits de la femme en sont pour quelque chose dans cette inégalité.

Nos espoirs pour un monde meilleur et égalitaire

L’accès à la terre, autant pour l’homme que pour la femme, revêt des attributs sécuritaires permettant à chaque acteur d’investir dans la production en toute quiétude. Alors communiquons et diffusons des informations sur les droits de la femme à la terre pour réveiller la conscience de nos  dirigeants. Que nous soyons jeunes, décideurs, acteurs de la société civile, nous devons œuvrer pour un accroissement du pouvoir d’achat de la femme dans le ménage.