Archives de Catégorie: Femme et Agriculture

Femme dans l’agriculture : les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) au Bénin

Connu sous le nom de Mata Masu Dubara au Niger, le modèle AVEC (association villageoise d’épargne et de crédit) a été repris et développé au Bénin. En effet, les Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit (AVEC) sont des groupes de 15 à 25 personnes qui se sont regroupés pour épargner leur argent sous forme de parts. Ces épargnes constituent des Fonds de crédit pour les autres membres de la communauté.

Les associations villageoises ont pour mission de servir les plus pauvres dont les femmes rurales, ceux dont les revenus sont irréguliers et moins fiables et dont les activités commerciales ne sont peut-être pas à plein temps.

Une Association AVEC en réunion dans le département du Couffo/Bénin

Une Association AVEC en réunion dans le département du Couffo/Bénin

Fonctionnement des associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC)

Les AVEC sont dotées d’une Assemblée générale et d’un Comité de gestion composé de cinq membres. Les Associations sont autonomes et autogérées. Les AVEC ont une durée de cycle de fonctionnement qui ne peut être inférieur à neuf mois, ni supérieur à un an. Les associations se réunissent à intervalles réguliers, soit par chaque semaine, soit toutes les deux semaines voire quatre semaines pendant leur premier cycle selon la décision des membres.

Tous les membres de l’association épargnent en achetant des parts. L’association fixe la valeur de la part à un niveau qui permet aux membres les plus pauvres d’acheter de façon fiable et régulière une part à chaque réunion. Si un membre rencontre des difficultés financières, l’association peut l’autoriser à suspendre ses achats de parts, mais uniquement pour une période limitée.

Les prêts sont décaissés toutes les quatre semaines. Tous les membres jouissent du même droit d’emprunter au Fonds de crédit qui se compose du montant correspondant à la valeur des achats des parts, des frais liés au service des prêts et des amendes. L’Association fixe la durée de remboursement des prêts, qui ne doit jamais dépasser six mois et, pendant le premier cycle, 12 semaines.

Le principe d’accord de prêt

Le prêt accordé à un membre ne peut pas être supérieur à un montant égal à trois fois le montant total des parts qu’il a acheté. Cette règle assure la répartition équitable du capital et empêche qu’un membre ne soit accablé d’un montant trop élevé. La durée de remboursement du prêt est convenue au moment où le prêt est décaissé.

L’entraide mutuelle à travers une caisse de solidarité

Une caisse de solidarité est créée au sein de l’association pour fournir de petits dons aux membres tels que : aide d’urgence, frais funéraires et frais d’éducation des orphelins. Quiconque a besoin d’un don de la caisse de solidarité le fait publiquement la demande à l’Assemblée générale. La Caisse de solidarité reste séparée du Fonds de crédit.

A la fin du cycle de fonctionnement, l’association répartit la valeur totale de ses actifs financiers entre ses membres. Lorsque tous les fonds en espèces de l’association sont réunis, le montant est partagé entre les membres proportionnellement au nombre de parts détenues par chaque membre.

Des retombées positives pour les agricultrices

Avec le modèle des AVEC, les femmes rurales ont pu financer leurs activités champêtres surtout dans le domaine l’acquisition de la main d’œuvre salariée. Ce modèle a permis aussi aux femmes d’augmenter leurs superficies en cultures vivrières. Ce modèle de financement leur a permis également d’exercer des activités génératrices de revenu.

Femmes dans l’agriculture: L’accès à la terre demeure un obstacle au Benin

Aujourd’hui, nul ne peut ignorer le rôle que les femmes jouent dans la société. Elles sont au cœur de tout. La journée internationale de la femme est là pour en témoigner. Dans nos campagnes, les femmes sont présentes à la fois dans l’agriculture, le commerce et dans la transformation des produits agricoles. Elles perçoivent leur diversité des activités agricoles comme  une prévoyance économique faisant d’elle  des « avant-gardistes » permettant aux ménages ruraux de supporter les chocs économiques issus des sinistres tels que sécheresse, mauvaise récolte, inondation.

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Une agricultrice Africaine Credit Photo: http://blog.slateafrique.com

Hommes et femmes : accès inégal à la terre

Dans les milieux ruraux, les femmes travaillent sur des petites superficies alors que les hommes s’accaparent de l’ensemble des terres cultivables. Elles mettent en valeur souvent des terres de fertilités moyennes (des sols pauvres) puisse que les hommes sont maîtres des terres de fortes fertilités. Sur ces sols, les femmes mettent en place des cultures annuelles essentiellement des vivriers alors que les hommes arrivent à faire des spéculations pluriannuelles comme le palmier à huile, anacarderaies et autres.

Les hommes accèdent plus facilement à la terre selon des modes dont les droits apparaissent plus stables (c’est-à-dire qui durent dans le temps sans que l’espace concerné ne soit modifié) : c’est le cas de l’héritage (L’héritier est libre de planter des essences pérennes sur l’immeuble hérité. Il peut y installer d’autres personnes.) et de l’achat (un droit exercé par un acteur qui autorise l’aliénation du bien foncier). Par contre les femmes sont dans des stratégies d’accès à la terre peu sécurisantes, qui leur confèrent des droits fragiles et peu durables : cas de l’emprunt (le droit exercé par un acteur qui l’autorise à exploiter une parcelle sans contre partie financière avec une durée déterminée) et de la location (le droit exercé par un acteur qui l’autorise à exploiter une parcelle pour une durée déterminée moyennant une contrepartie financière).

La discrimination favorisée par nos traditions africaines

Dans notre société, plusieurs langages et lardages favorisent cette inégalité des femmes à la terre. En effet, depuis l’enfance, des éléments de discrimination de sexe sont véhiculés à travers des faits sociologiques systématisés par des paroles telles

–       « C’est le garçon qui accompagne son père au champ » ;

–       « Un garçon ne doit pas avoir peur » ;

–       « Je sors, je te confie la maison, prend soins de tes sœurs et frères » ;

–       « Au champ, les garçons travaillent avec leur père et les filles avec leur mère »

Continuant dans cette idéologie, les femmes restent et demeurent marginalisées. La tradition tolère leur exclusion de l’héritage des terres de leurs époux et parents même si des lois leur donnent le droit. L’analphabétisme et la méconnaissance par les deux sexes des textes et lois relatifs aux droits de la femme en sont pour quelque chose dans cette inégalité.

Nos espoirs pour un monde meilleur et égalitaire

L’accès à la terre, autant pour l’homme que pour la femme, revêt des attributs sécuritaires permettant à chaque acteur d’investir dans la production en toute quiétude. Alors communiquons et diffusons des informations sur les droits de la femme à la terre pour réveiller la conscience de nos  dirigeants. Que nous soyons jeunes, décideurs, acteurs de la société civile, nous devons œuvrer pour un accroissement du pouvoir d’achat de la femme dans le ménage.