Archives de Catégorie: agriculture familiale

La problématique des jeunes ruraux en Afrique: Quoi retenir ?

Le chômage et le sous-emploi des jeunes et leur engagement dans les mouvements terroristes ont poussé certains acteurs à s’intéresser depuis quelques années à la question de « Jeunes ruraux ». Cette même question constitue une réflexion  permanente pour les organisations paysannes qui s’interrogent sur la « relève de l’activité » pour faute de main d’œuvre non disponible. (suite…)

MONDEHOU Dandjèkpè, un agriculteur familial modèle pour les jeunes béninois

Il y a quelques semaines, j’ai effectué un voyage à but professionnel à Djakotomey, une commune au Sud du Bénin dont résident majoritairement les ethnies Adja. Préoccupé par la baisse de productivité du maïs dans la zone, j’ai décidé de faire une enquête auprès des producteurs de la zone pour en connaître les causes. Mon travail consistait à aller dans six villages dans six arrondissements pour s’entretenir avec quelques agriculteurs familiaux. (suite…)

Mettre les agriculteurs familiaux au centre du développement territorial

Les agricultrices et les agriculteurs familiaux sont, à la fois, les premiers acteurs d’un monde rural attractif et dynamique et les garants de la sécurité alimentaire de leurs territoires.
Au vu du rôle clef de l’agriculture familiale dans la lutte contre la faim et contre la pauvreté nous souhaitons qu’elle soit intégrée dans l’agenda des programmes de développement international. Ainsi nous réclamons :

  1.  La reconnaissance du rôle des agriculteurs familiaux dans l’entretien du paysage et la
    conservation des ressources naturelles.
  2. La reconnaissance, dans le cadre des Objectifs du Développement Durable (ODD) post 2015, de l’agriculture familiale comme l’un des moyens de mise en œuvre de l’objectif relatif à la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable.
  3. La déclinaison du rôle économique, social et environnemental de l’agriculture familiale dans les indicateurs relatifs à l’objectif « sécurité alimentaire, nutrition et agriculture durable ».
Les branches sont progressivement écartées. Photo Credit: Georges Serpantié

Les branches sont progressivement écartées. Photo Credit: Georges Serpantié

L’ancrage territorial, la dimension humaine et la notion de durabilité dans l’acte de transmission, sont des valeurs véhiculées par l’agriculture familiale pour affronter les défis environnementaux et climatiques à venir. Forts de ces valeurs, nous demandons que :

  • Les politiques nationales et internationales concentrent leurs efforts vers des mesures
    d’adaptation au réchauffement climatique, comme l’amélioration du stockage de l’eau et des techniques d’irrigation, la mise à disposition de dispositifs de gestion des risques, etc.

Garante de la sécurité alimentaire de son territoire, l’agriculture familiale permet de répondre aux défis quantitatif et qualitatif des besoins alimentaires mondiaux. Parce qu’aujourd’hui la majorité de la population est urbaine et que la croissance démographique devrait être principalement concentrée dans les villes, il est indispensable que les gouvernements :

  • Développent les synergies entre politiques sociales, économiques et agricoles, en faveur de
    politiques alimentaires cohérentes entre villes et zones rurales.
  • Mettent en place des politiques de limitation de l’étalement urbain pour permettre un
    développement cohérent des zones urbaines et rurales.
  • Assurent une modernisation des infrastructures et des services des territoires ruraux pour
    développer l’attractivité des campagnes, limiter l’exode rural et favoriser un  développement équilibré des territoires.

Source: MANIFESTE INTERNATIONAL DES JEUNES AGRICULTEURS

Favoriser l’installation des jeunes sur des exploitations de type familial

Alors que les jeunes agriculteurs sont au cœur des enjeux de modernisation des politiques agricoles, le renouvellement des générations en agriculture rencontre globalement de grandes difficultés d’ordre économique, politique et culturel. Parce que l’installation des jeunes sur des exploitations familiales doit être une priorité, nous demandons que les politiques agricoles nationales :

  • S’appuient sur des programmes d’enseignement et de formation agricoles, représentatifs de la diversité des pratiques agricoles nationales, valorisés par l’obtention d’un diplôme
    reconnu par l’Etat. Ces programmes doivent permettre aux jeunes agriculteurs de réussir
    leur projet professionnel, sur leur exploitation, dans leurs organisations collectives et sur leur territoire.
  • Permettent l’élaboration de programme d’accompagnement à l’installation des jeunes
    agriculteurs, proposant des aides financières et techniques.
  • Favorisent l’accès des jeunes aux moyens de production, aux marchés, aux financements, à la formation continue et à l’accompagnement technique.
  • Développent des campagnes de sensibilisation et de promotion du métier d’agriculteur auprès des jeunes ruraux et des jeunes urbains.
  • Assurent une liberté syndicale et la protection du droit syndical des jeunes agriculteurs, prévue par la Convention n°87 de l’OIT et mettent à disposition des programmes de soutiens technique et financier pour le regroupement syndical des jeunes agriculteurs.
  • Favorisent la mise en place de synergies entre les secteurs publiques et privés pour favoriser l’installation des jeunes agriculteurs.

fao_cle8b864d

La durabilité et la transmission des exploitations familiales sont aujourd’hui de plus en plus menacées par l’appropriation des moyens de production par des capitaux extérieurs. Le maintien d’une agriculture familiale doit être garanti par l’accessibilité des jeunes candidats à l’installation aux moyens de productions. Afin de garantir l’accès au foncier et aux crédits des jeunes agriculteurs familiaux, nous demandons :

  1. La prise en compte effective des Directives Volontaires pour la Gouvernance Foncière,
    adoptée en 2012 par le CSA, dans les législations nationales.
  2. Un soutien à la coopération intergénérationnelle, qui permette la transmission des savoirs, la coopération et l’entraide entre les générations pour faciliter le renouvellement des
    générations et la transmission du foncier.
  3. Un soutien au développement des banques agricoles et aux dispositifs de mutualisation.
  4. La mise en place de systèmes de crédits préférentiels, dont les taux d’intérêts réels doivent
    rester en dessous de valeurs à deux chiffres, pour les jeunes candidats à l’installation
    disposant d’un projet viable et vivable. Une souplesse doit être accordée aux jeunes en
    termes de report d’échéance.
  5. La mise en place de système de capitalisation bancaire, facilitant l’obtention des prêts à taux avantageux pour les jeunes agriculteurs. Les institutions supranationales doivent proposer des garanties bancaires pour les jeunes, sécurisant leurs contrats de prêts avec des banques nationales.

Source: MANIFESTE INTERNATIONAL DES JEUNES AGRICULTEURS

Reconnaissance sociale, économique et juridique des agriculteurs familiaux

Alors que les agriculteurs familiaux représentent 40% de la population active mondiale, leur métier n’est pas suffisamment valorisé. Sa reconnaissance sociale, économique et juridique, aux niveaux national et international, est fondamentale pour répondre aux enjeux alimentaires mondiaux et enrayer la destruction des emplois agricoles. Cette reconnaissance constitue la base de tout engagement professionnel. Nous interpellons ainsi :

  •  Tous les gouvernements pour qu’ils offrent une véritable reconnaissance juridique au métier d’agriculteur dans leurs législations nationales et qu’ils mettent en place des politiques de soutien spécifiques en faveur des modèles familiaux.
  • L’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour intégrer une reconnaissance du métier d’agriculteur dans les normes internationales du travail. Nous souhaitons que la Conférence Internationale du Travail, assemblée qui élabore, adopte et révise les normes internationales du travail, adopte un protocole reconnaissant le métier d’agriculteur dans la convention n°141 sur l’organisation des travailleurs ruraux.

fao_cle8b864d

Le regroupement et l’organisation collective des agriculteurs permettent de renforcer la capacité de négociation des agricultrices et des agriculteurs. L’organisation économique des producteurs facilite la structuration des filières agricoles et favorise la stabilité des revenus. Afin de garantir le droit d’organisation et de négociation collective des agriculteurs nous réclamons que les gouvernements :

  • Favorisent le regroupement économique et syndical des producteurs, pour renforcer leurs
    capacités de négociation et la stabilisation de leurs revenus.
  • Veillent à soutenir la création de coopératives de jeunes agriculteurs ou de sections jeunes
    dans les coopératives préexistantes.
  • Accompagnent des projets permettant aux agriculteurs d’augmenter la création de valeur
    ajoutée sur leurs exploitations, via des démarches collectives innovantes en matière de
    production et de commercialisation.
  • Mettent en vigueur le droit d’organisation et de négociation collective, prévue par la
    Convention n° 98 de l’OIT, pour l’ensemble des organisations agricoles.

Les agricultrices et les agriculteurs familiaux sont des acteurs majeurs de la dynamique des territoires. Les responsabilités qu’ils assument justifient qu’ils aient un rôle déterminant dans les politiques agricoles et commerciales, du niveau local au niveau international. Face à la multiplication des accords bilatéraux et afin d’améliorer la représentation et la capacité de propositions de la profession agricole dans les instances de gouvernance, nous proposons :

  1. La création d’un mécanisme de représentation des agriculteurs au sein du Comité sécurité
    alimentaire (CSA). Nous proposons donc à la FAO de faire du CSA un lieu de concertation
    équilibré entre les acteurs qui sont au cœur de la sécurité alimentaire.
  2.  La réactivation des réunions ministérielles agricoles au sein du G20. Parallèlement, nous
    proposons de constituer un groupe de réflexion constitué de représentants d’organisations
    agricoles, le F20, contribuant aux réflexions initiées par les réunions ministérielles.
  3. La mise en place un dispositif de représentation de la profession agricole au sein du Forum
    de réaction rapide et du Système d’information sur les marchés agricoles (SIMA ou AMIS),
    créés par le G20 et abrités au sein de la FAO.
  4. D’engager une réflexion internationale des jeunes agriculteurs sur les échanges commerciaux internationaux, visant à proposer des solutions pour stopper leurs impacts négatifs sur les conditions sociales et économiques d’exercice de l’agriculture, le maintien de la diversité des produits et des modèles de production, des savoir-faire et la sécurité du revenu de tous les agriculteurs sur leur territoire

Source: MANIFESTE INTERNATIONAL DES JEUNES AGRICULTEURS

Igname, une culture à valeur cultuelle et culturelle

Consommée sous forme bouillie, braisée ou pilée (foutou) selon les variétés, l’igname est l’une des rares spéculations au Bénin dont l’importance va au-delà de la simple contribution à l’alimentation des populations. En effet, de nombreux rites et croyances sont liés à sa production.

igname

A Pobè au par exemple, il existe la fête d’Ogbodo qui est la plus grande réjouissance populaire au cours de laquelle on présente la nouvelle igname à Olongo, le principal dieu de la communauté Anago ; même chose à Kétou pour le fétiche Aagbona le dieu central du panthéon local.

A Savè par contre, la récolte ne donne pas lieu exclusivement à des festivités ; c’est à la sortie de la nouvelle igname que s’organisent les festivals d’Oro et Odudua.

Dans la partie septentrionale du pays,  la « fête des ignames » consiste à offrir d’abord la 1ère récolte aux divinités avant que le commun des mortels ne commence par en consommer. La fête du 15 Aout à Savalou en une belle illustration.

Par ailleurs, plusieurs pratiques culturelles sont associées aux variétés d’ignames. Par exemple, chez les Bariba, une ethnie dominante dans la partie septentrionale du pays, les variétés Kinkérégou et Kankérou (en langue locale) sont utilisées comme tests culinaires pour la mariée lors des cérémonies nuptiales ; c’est l’igname avec laquelle les fiancées font à leurs futurs époux la démonstration de leur aptitude à faire la cuisine.

De même, d’autres variétés sont obligatoires offertes à la belle-famille par les nouveaux mariés. Par contre chez les ethnies Gando, l’apparition de la variété locale dénommée Droubayessirou (développement anormal) est annonciateur de malédiction.

Malgré sa valeur cultuelle et culturelle, l’igname est rentrée aujourd’hui dans les habitudes alimentaires de toute la population béninoise surtout l’igname pilée. C’est le lieu d’exhorter les décideurs politiques à se pencher sur le développement de cette filière car elle a bénéficié de moins d’attention de la part des pouvoirs publics et institutions de recherche.

Connecting with Nature – call for participants

Biodiversa is offering 26 places for people coming from 10 different countries to participate in our next training course: “Connecting with Nature”, in the beautiful valley of Valdediós (“valley of Gods”), in the region of Asturias, north Cantabric coast of Spain, from 18th to 24th May 2015.

If you can travel to the training course from Albania, Armenia, Austria, Germany, Latvia, Moldova, Portugal, Romania, Serbia or Spain, it’s your banner c2nlucky day! If not, pass this call on to some friends and keep an eye on Biodiversa’s blog and Facebook: there might soon be an opportunity for you.

This training course will be aimed at helping young people living in urban areas to re-connect with their natural environment. We believe that if young people learn to appreciate nature, they will live happier and become more responsible citizens. This has been verified by a recent study by the RSPB: “when young people are connected to nature, it has positive impacts on their education, physical health, emotional wellbeing, and personal and social skills, and helps them to become responsible citizens”.

The objectives of this training course are:

  • To help young people connect with the nature around them,
  • To practice and encourage enjoyment of nature,
  • To develop empathy for creatures,
  • To develop a sense of oneness with nature,
  • To develop a sense of responsibility for the environment.

Conditions for participation:

  • Over 18 years old at the time of the training course,
  • Travelling from any of the 10 partner countries (see top paragraph),
  • Speak English fluently,
  • Ideally come from an urban area,
  • Willing to spend a week inmersed in nature.

Preference will be given to existing members of Biodiversa and the other partner organisations: Föj-Aktiv, Gaia y Sofia, Media Education Centre, Spin Association, Environmental Center for Development Education and Networking, Balta Daba, Viaje a la Sostenibilidad, Asociatia Ecouri Verzi, CRCT Gutta-Club, Neront, Khazer and Homo Ecos.

Costs:

  • Comfortable accommodation in a big traditional rural house and delicious organic meals will be provided during the training course by the organizers at no cost for you;
  • Your travel costs will be refunded after your participation in the training course (provided all the original tickets and receipts are presented) up to a maximum of 820 EUR for Armenia, 360 EUR for Albania, Latvia, Moldova, Romania and Serbia, 275 EUR for Austria, Germany and Portugal and 180 EUR for Spain (only if you travel from more than 100 km away);
  • Participation fee: Money shouldn’t be an obstacle against your participation – therefore we suggest a sliding scale from 25 to 100€. We want to give you the possibility to self-evaluate how much you can contribute financially, and how much you consider a fair fee for a 7 days training programme. Exceptions to this fee are also possible after evaluation from the organisers in a case by case basis;
  • CO2 offset fee: Please note that you will be required to offset the CO2 emissions produced by your air travel through the following site: http://www.atmosfair.de/en/. This amounts to 15 EUR per person for the round trip (we have calculated the total emissions of your flights in 22 tons of CO2 and shared the compensation costs amongst everyone).

More information:

How to apply:

Fill in the application formDeadline: 16th February at 10AM CET.

This project is funded by the Erasmus + Programme of the European Commission.

Source: https://biodiversablog.wordpress.com

Femmes dans l’agriculture: L’accès à la terre demeure un obstacle au Benin

Aujourd’hui, nul ne peut ignorer le rôle que les femmes jouent dans la société. Elles sont au cœur de tout. La journée internationale de la femme est là pour en témoigner. Dans nos campagnes, les femmes sont présentes à la fois dans l’agriculture, le commerce et dans la transformation des produits agricoles. Elles perçoivent leur diversité des activités agricoles comme  une prévoyance économique faisant d’elle  des « avant-gardistes » permettant aux ménages ruraux de supporter les chocs économiques issus des sinistres tels que sécheresse, mauvaise récolte, inondation.

foto

Une agricultrice Africaine Credit Photo: http://blog.slateafrique.com

Hommes et femmes : accès inégal à la terre

Dans les milieux ruraux, les femmes travaillent sur des petites superficies alors que les hommes s’accaparent de l’ensemble des terres cultivables. Elles mettent en valeur souvent des terres de fertilités moyennes (des sols pauvres) puisse que les hommes sont maîtres des terres de fortes fertilités. Sur ces sols, les femmes mettent en place des cultures annuelles essentiellement des vivriers alors que les hommes arrivent à faire des spéculations pluriannuelles comme le palmier à huile, anacarderaies et autres.

Les hommes accèdent plus facilement à la terre selon des modes dont les droits apparaissent plus stables (c’est-à-dire qui durent dans le temps sans que l’espace concerné ne soit modifié) : c’est le cas de l’héritage (L’héritier est libre de planter des essences pérennes sur l’immeuble hérité. Il peut y installer d’autres personnes.) et de l’achat (un droit exercé par un acteur qui autorise l’aliénation du bien foncier). Par contre les femmes sont dans des stratégies d’accès à la terre peu sécurisantes, qui leur confèrent des droits fragiles et peu durables : cas de l’emprunt (le droit exercé par un acteur qui l’autorise à exploiter une parcelle sans contre partie financière avec une durée déterminée) et de la location (le droit exercé par un acteur qui l’autorise à exploiter une parcelle pour une durée déterminée moyennant une contrepartie financière).

La discrimination favorisée par nos traditions africaines

Dans notre société, plusieurs langages et lardages favorisent cette inégalité des femmes à la terre. En effet, depuis l’enfance, des éléments de discrimination de sexe sont véhiculés à travers des faits sociologiques systématisés par des paroles telles

–       « C’est le garçon qui accompagne son père au champ » ;

–       « Un garçon ne doit pas avoir peur » ;

–       « Je sors, je te confie la maison, prend soins de tes sœurs et frères » ;

–       « Au champ, les garçons travaillent avec leur père et les filles avec leur mère »

Continuant dans cette idéologie, les femmes restent et demeurent marginalisées. La tradition tolère leur exclusion de l’héritage des terres de leurs époux et parents même si des lois leur donnent le droit. L’analphabétisme et la méconnaissance par les deux sexes des textes et lois relatifs aux droits de la femme en sont pour quelque chose dans cette inégalité.

Nos espoirs pour un monde meilleur et égalitaire

L’accès à la terre, autant pour l’homme que pour la femme, revêt des attributs sécuritaires permettant à chaque acteur d’investir dans la production en toute quiétude. Alors communiquons et diffusons des informations sur les droits de la femme à la terre pour réveiller la conscience de nos  dirigeants. Que nous soyons jeunes, décideurs, acteurs de la société civile, nous devons œuvrer pour un accroissement du pouvoir d’achat de la femme dans le ménage.

Agroforesterie : un meilleur élevage et une meilleure pratique pour régénérer la fertilité des sols

L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant des plantations d’arbres dans des cultures ou des pâturages. Du point de vue agronomique, les arbres et leurs racines et les champignons associés permettent de lutter contre l’érosion et recharger le sol en matière organique. Ils contribuent à lutter contre l’érosion, la salinisation et les inondations par la limitation du ruissellement responsable des pics de crue des rivières. Ils réduisent la pollution des nappes par les engrais agricoles en « pompant » les surplus d’azote libre.

En agro foresterie, rien ne se perd. Les arbres de l’exploitation procurent des perches pour les constructions, du bois de feu pour la cuisson du repas et du feuillage pour l’alimentation des chèvres.

Du sorgho pousse sous des Faidherbia albida et des borasses près de Banfora au Burkina Faso. Credit Photo: Marco Schmidt

Du sorgho pousse sous des Faidherbia albida et des borasses près de Banfora au Burkina Faso.
Credit Photo: Marco Schmidt

Le grevillea est une essence apprécié pour les bordures ligneuses. Cette essence pousse vite en produisant des bois sans faire concurrences avec les cultures.

En inde, le poids d’angole est souvent intercalé avec des céréales. Cette légumineuse arbustive aide à enrichir les sols et procure aliment, bois de feu et fourrage.

Les paysans kenyans apprécient le feuillage des leucoenas qui constitue un fourrage riche en protéine pour leurs vaches laitières. Cette culture joue le même rôle que le mucuna au niveau de fertilité des sols.

Au Sénégal comme au Bénin, les éleveurs exploitent des acacias et d’autres arbres qui fournissent un fourrage aérien particulièrement en saison sèche lorsque le fourrage herbacé fait défaut.

De même, des leucoenas et l’herbe à l’éléphant forment des bandes sur courbes de niveau intercalées avec du maïs. Ces bandes fournissent du fourrage pour le bétail et font obstacles à l’érosion.

Nous devons encourager les paysans et les exploitants agricoles à faire de l’agroforesterie, une priorité en 2015 afin de maintenir les sols en bonne santé. C’est ma façon de contribuer à l’objectif principal de l’Année internationale des sols 2015 (AIS)  qui est de sensibiliser les populations à l’importance de préserver la santé des sols et de plaider en faveur de la gestion durable de cette précieuse ressource naturelle.

Impact des changements climatiques sur l’agriculture familiale au Bénin

En participant à la 8ème édition de l’atelier scientifique national organisé par l’Institut National des Recherches agricoles du Bénin le 10 au 12 décembre 2014, une question m’est venue à l‘idée. Il s’agit de savoir le réel impact des changements climatiques sur l’agriculture familiale au Bénin. Je me suis entretenu avec quelques chercheurs nationaux sur le sujet. Je fais taire ici des théories et des modèles développés par ces derniers pour m’expliquer le sujet. Il ressort de ces discussions ce qui suit.

Dans le sud du Bénin, les changements climatiques se manifestent par à un déficit et un raccourcissement de la seconde saison pluvieuse; ce qui provoque une réduction des rendements agricoles et une diminution du taux de renouvellement de la couverture végétale. De plus les pluies du début de saison pluvieuse sont violentes et favorisent l’inondation et l’érosion sur les sols mal protégés. Autrefois, dans cette zone, nous avons deux saisons sèches et deux saisons des pluies qui rythmaient le travail de la terre.

Changements climatiques Credit Photo: www.aced-benin.org

Changements climatiques
Credit Photo: http://www.aced-benin.org

Aujourd’hui, les agriculteurs ont perdu ces repères saisonniers. Par exemple, ils avaient l’habitude de semer le maïs entre la mi-mars et la fin juillet et de le laisser sécher au soleil en septembre, lors de la petite saison sèche. Cette pratique n’a plus cours, car il pleut désormais en septembre, et cette pluie fait pourrir les récoltes dans les champs.

Dans le nord du Bénin, les changements climatiques se manifestent par une baisse de la pluviométrie qui réduit la seule saison pluvieuse qui caractérise la zone. La raréfaction des points d’eau fonctionnels et de l’herbe en saison sèche oblige les grands troupeaux à la transhumance, avec souvent d’importants conflits entre agriculteurs et éleveurs.

L’agriculture n’est pas seulement la victime du changement climatique, c’est aussi une source de gaz à effet de serre. La production agricole et animale est responsable de la majorité des émissions de méthane (bétail et terres humides, en particulier les rizières) et d’oxyde nitreux (application d’engrais). Les changements d’utilisation des terres comme la déforestation et la dégradation de sols – deux effets dévastateurs des pratiques agricoles non durables – relâchent de grandes quantités de carbone dans l‘atmosphère, favorisant ainsi le réchauffement de la planète.

Plusieurs possibilités existent pour s’adapter aux effets des changements climatiques. Il s’agit de l’adoption de cultures à cycle court, le réaménagement des calendriers agricoles, la pratique de semis tardifs et l’exploitation d’animaux d’élevage résistants à la sécheresse. Mais pour moi, l’agro foresterie est la solution. J’en développerai dans mon prochain billet sur les changements climatiques.